Une entreprise bretonne signe le retour du saucisson au Japon


Ce n’est pas une de ces causes humanitaires qui soulèvent une juste émotion dans le monde. Non, juste l’histoire de trois «p’tits gars» de France, dont un Breton, qui se sont mis en tête de ramener au Japon le saucisson français, interdit de séjour sanitaire depuis plus de dix ans.

L’aventure d’Olivier, Marc et Régis commence au début des années 2000: la grippe porcine touche la France, les exportations sont bloquées. Les normes sanitaires se durcissent, particulièrement au Japon. Un par un, les producteurs renoncent à y exporter ce produit de viande crue fermentée et séchée, donc particulièrement sensible. En 2010, Olivier Jamet , un professeur d’université depuis 20 ans au Japon, n’en peut plus. Il lui faut SON saucisson! Pas du salami italien ou du chorizo espagnol. Non, du saucisson sec «franchouillard»! C’est décidé: cet ancien directeur du personnel d’Alcatel en France le fera revenir. Par l’intermédiaire d’un ami breton, il rencontre Régis Senan, un jeune fabricant de Mûr-de-Bretagne (22), qui accepte de s’embarquer dans l’aventure. La Bretagne, c’est le pays des cochons et des caractères en granit. «Et Régis en a un bien trempé», raconte Marc Timi, un Provençal quadragénaire, passionné du Japon, qui a mis lui aussi «beaucoup de billes» dans l’affaire.

saucisson japon

Le parcours du combattant

Mais leur aventure tourne vite au parcours du combattant. Notamment pour Régis: «Il faut s’adapter au cahier des charges, mettre ses installations aux normes et, surtout, que toutes les matières premières utilisées soient certifiées « export Japon ». Viennent alors les contrôles vétérinaires en série, «parfois encourageants, souvent déconcertants». En décembre2011, les services vétérinaires départementaux valident le dossier de Régis et le préfet des Côtes-d’Armor transmet son avis favorable à l’exportation à la Direction générale de l’alimentation. «À cet instant, nous pensions que le plus dur était fait», poursuit Marc. Pour preuve, il fonde avec Olivier Jamet une société basée à Nara, à l’ouest du Japon, et trouve -non sans difficulté- une société japonaise prête à importer le «furansu sosison», comme disent les Nippons.

Un problème avec les boyaux

En février, sans nouvelles du ministère, ils décident d’envoyer un recommandé. Ils n’obtiennent pas de réponse… Tout au plus apprennent-ils qu’il y aurait un problème avec les boyaux. «Si quelque chose ne va pas, qu’au moins on nous le dise pour pouvoir rectifier le tir!», dit Marc, inquiet de voir l’argent filer. Les temps sont durs également pour Régis: depuis trois mois, il a basculé toute sa production tout en «export Japon». Et c’est surtout «export zéro». Le trio remue ciel et terre: les services vétérinaires départementaux, la Chambre de commerce et d’industrie franco-japonaise (CCIFJ) à Tokyo et celle de Bretagne, en vain. En désespoir de cause, Olivier Jamet s’essaye à la diplomatie. Lors d’un déjeuner de la CCIFJ, il interpelle publiquement l’ambassadeur de France pour le sensibiliser à cette question. Rire général dans la salle! Et une réponse: «Vos saucissons seront bientôt au Japon, je m’y engage».

Espionnés

Là encore, nouvelle embûche: les certificats sanitaires des marchandises à exporter ne peuvent être signés sans une attestation complémentaire délivrée par le Japon concernant les boyaux. Finalement, en juin, le certificat de la délivrance arrive. En septembre, les premiers saucissons «made in France» débarquent sur l’archipel, et en novembre, les premières tranches sont dégustées à Tokyo et Osaka! Pour corser encore un peu cette «odyssée charcutière», le trio s’est aperçu qu’on… les espionnait, notamment un groupe dont ils tairont le nom. Au total, il y a eu trois tentatives, «dont certaines maladroites» pour arriver à savoir comment ils avaient réussi à mettre un pied dans ce marché japonais aussi fermé qu’exigeant. Pour le «petit charcutier breton», venu spécialement et pour la première fois au Japon, ce voyage avait comme un goût de revanche: son père, important industriel charcutier, avait dû déposer le bilan. Aujourd’hui, Régis fabrique ses saucissons dans l’ancienne usine de papa.

Source: Le Télégramme

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