« Lorsque s’ouvrirent pour la première fois Ciel et Terre » -「天地初めて発けし時」


« Lorsque s’ouvrirent pour la première fois Ciel et Terre » -「天地 (あめつち) 初めて発 (ひら) けし時」

« A la première question, nous, il faut répondre, nous en tant que japonais, négativement. C’est à dire les catastrophes dans la conscience collective japonaise sont de jour en jour oubliées. Ça, il faut bien dire »
  Hisashi Fujita, Citephilo, 2013

« La première chose à remarquer, je pense, c’est que personne, aujourd’hui, ne peut se promener au Japon sans constater cette espèce d’énorme, d’intense réflexion qui a lieu à travers l’art sur l’évènement Fukushima »
  Michaël Ferrier, auditorium du Louvre, 2014

« De fait, suite au choc de l’accident à Fukushima, certains pays européens ont pris une décision politique. En revanche, dans la société japonaise, notre connaissance du futur n’a pas tellement changé. Parce que la temporalité sociale de l’Europe avec la tradition judéo-chrétienne de l’eschatologie est radicalement différente de celle du Japon ? »
  Yūji Nishiyama, Rue Descartes, 2016

« Après le grand tremblement de terre et la catastrophe de Fukushima, toute la société japonaise est profondément perturbée. »
  Journal L’humanite, 9 janvier 2018

最初の問いに対しては、我々は日本人として、否、とお答えしなければなりません。つまり、日本人の集合意識の中で、この大災害は日々忘れ去られつつあります。このことは申し上げねばなりません
  藤田尚志、シテフィロ、2013

注目すべき第一のことは、私の考えでは、今日日本を訪れる人は誰しも、福島で起きた出来事にまつわるアートを通して、この種の並外れた深い思索が生じるのを覚えずにはいられないということです
  ミカエル・フェリエ ルーブル・オーディトリアム、2014

 実際、福島での事故の衝撃の影響で、ヨーロッパのいくつかの国が政治的決断を下したのです。逆に日本社会では、私たちの未来への認識はあまり変わっていません。それは、ユダヤ・キリスト教的な終末論の伝統を持つヨーロッパの時間的価値観が、日本の時間的価値観と根本的に異なるからなのでしょうか?
  西山雄二、リュー・デカルト誌、2016

 福島での大地震と大災害以来、日本社会全体が混乱を極めている
  リュマニテ紙、201819

Dans les decombres 1-9
Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 1/9
La voiture perchée
津波の爪痕群 1/9

            Le Japon vit sur un temps différent du notre. Avec la triple catastrophe du Tohoku, une brèche s’est entrouverte dans laquelle les médias et les intellectuels occidentaux se sont engouffrés. Le choc de la société japonaise tout entière et la naissance éminente d’une révolution annoncée par l’art contemporain post-Fukushima prévalent dans les discours. Tout va dans le sens du sensationnalisme affiché à travers toute la presse occidentale les semaines qui suivirent le 11 mars 2011. L’exposition Bye bye Kitty !!! qui a lieu à la Japan Society de New York entre mars et juin 2011 est prise comme un présage et le professeur et blogueur Adrian Favell, auteur du livre « Before and After Superflat« , publié en 2012, déclare que l’art contemporain japonais porté par la politique du « Cool Japan » est over. Ailleurs, sur internet, le public est dit lassé de cet art déconnecté de la réalité et, au Centre Ponpidou de Metz, fin 2017, début 2018, l’exposition Japanorama redécouvre dans la culture kawaii, cette esthétique japonaise du mignon et du vulnérable, un discours politique et un acte de résistance. Nous sommes dans une logique du temps linéaire et apocalyptique avec un début et une fin. Et pourtant, il y a aussi des temps qui reviennent et ceux qui n’ont pas de fin.

日本は我々とは異なる時間に生きている。東北の三重の大惨事によって亀裂が生じ、そこに西洋のメディアや知識人たちが呑みこまれた。日本社会全体の衝撃と、福島以降の現代アートが告げた、革命の際立った出現とが、言説を支配した。2011年3月11日に続く数週間、西洋のマスコミ全体がおおっぴらにセンセーショナリズムの方向に進んだ。ニューヨークのジャパン・ソサエティーで2011年3月から6月にかけて開催されたバイバイ・キティ!!!展は、ひとつの前兆として受け止められ、2012年出版の「ビフォア・アンド・アフター・スーパーフラット」の著者でありブロガーでもあるエイドリアン・ファベェル教授は、「クール・ジャパン」の政策に牽引された日本の現代アートは終わったと宣言した。そのほか、インターネット上では、現実から切り離されたこの種のアートに大衆はうんざりしていると言われ、また2017年末から2018年初頭にかけてメスのポンピドゥー・センターで開催されたジャパノラマ展は、カワイイ文化、この可憐で傷つきやすい日本的美学の中に、政治的言説とレジスタンス的行為を再発見している。我々は、始まりと終わりを持つ、直線的かつ終末論的時間論の中にいる。しかし、再び戻ってくる時間や終わりのない時間というものもあるのだ。

Dans les decombres 2-9
Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 2/9
D’après l’œuvre Dirty Corner de Anish Kapoor, 2011
津波の爪痕群 2/9

            Ancien médecin globe-trotter, polyglotte, essayiste, historien des idées et chroniqueur pour le journal Asahi Shimbun pendant près de 30 ans, le japonais Katô Shûichi nous explique, dans son livre « Le temps et l’espace dans la culture japonaise« , écrit en 2007 et publié en français en novembre 2009, qu’au Japon plusieurs notions du temps coexistent. Il y a, d’une part, le temps universel de l’individu, avec un début et une fin, et, d’autre part, il y a le temps sans début ni fin, qu’il soit circulaire, celui de la société calqué sur le retour des saisons, ou qu’il soit linéaire et historique, marqué par « la succession des présents, ou « maintenant » de chaque évènement« , sans relation de cause à effet entre passé, présent et futur. Le premier se fond dans le temps circulaire plus large de la société, tandis que ce dernier s’inscrit dans le temps linéaire et historique. Sans considération de début et de fin, c’est précisément ce que décrit la philosophe chinoise Jiaying Chen lorsqu’elle écrit que « un petit cycle peut ainsi faire partie d’un processus linéaire de plus grande amplitude ; ce processus qui ne saurait s’inverser est peut-être, à une plus grande échelle, un cycle, mais ce dernier s’insère à son tour dans un processus linéaire de plus grande ampleur. La circularité à petite échelle n’est nullement contradictoire avec la linéarité à une échelle plus élevée. En réalité, c’est précisément dans l’entrelacs de circularité et de « linéarité » (irréversible) que s’est formée notre conscience du temps. » Cette absence de fin et de début qui caractériserait le temps japonais, contrairement au temps judéo-chrétien, empêche qu’il puisse être segmenté et structuré, et de ce fait favorise ce que Katô Shûichi appelle le présentéisme, l’ici et maintenant, dans la perception japonaise du temps. Mais il précise aussi que le maintenant n’est pas l’instant. En fonction des circonstances, il est plus ou moins long, élastique, et comprend ainsi le proche passé et le proche futur.

元は世界を股にかける医師であり、数か国語の使い手であり、エッセイスト、思想史学者、また30年近くにわたって朝日新聞のコラムニストでもあった加藤周一は、2007年に上梓され2009年11月にフランス語版が出た著書「日本文化における時間と空間」の中で、日本には複数の時間の概念が共存していると述べている。一方には始めと終わりのある人生の普遍的時間があり、もう一方では始まりも終わりもない時間がある。始まりと終わりのない時間には、四季の循環をなぞる社会の円形の時間もあり、「それぞれの事件の現在=『今』の継起」が示す、直線的で歴史的な時間もある。そこには過去と現在、未来の間に原因と結果のような関係性はない。前者は社会のより広い循環的時間の中に溶け込み、後者は直線的で歴史的な時間に組み込まれる。始まりと終わりを考えないこの時間は、まさに中国の女性哲学者ジアイン・チェンが説明した通りで、彼女は「ひとつのサイクルは、こうしてより大きな振幅を持つ直線的プロセスの一部をなすのである。この、反転できないプロセスはおそらく、より大きな規模においてはひとつのサイクルなのだが、このサイクルもまた、さらに大きな振幅を持つ直線的プロセスの中に組み込まれているのである。小規模の円環性は、より高次の線形性となんら矛盾するものではない。現実に、円環性と『線形性』(一方向的な)の錯綜にこそ、我々の時間認識は形作られたのだ」と書いている。この終わりと初めの不在は、日本の時間を特徴づけ、ユダヤ・キリスト教的時間とは反するものであるが、分割して構造化することができず、そのため日本的時間観において加藤周一が「今=ここ」と呼ぶ概念を促すのである。しかし加藤は、今とはこの瞬間ではない、とも明言している。それは、状況に応じて長くも短くもなる弾性に富んだものであり、近い過去や近い未来をも包含するのである。

Dans les decombres 3-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 3/9
Le tableau blanc
津波の爪痕群 3/9

            L’artiste-peintre et plasticien japonais Takashi Murakami, coqueluche de l’élite occidentale depuis la fin des années 90, mais beaucoup moins connu et reconnu au Japon, joue sur ces différentes notions de temps. Dans son manifeste aux multiples lectures, Superflat, publié en 2000, Murakami revendique la bidimensionnalité historique des arts visuels japonais, leur retirant ainsi toute dimension de temps. Influencé par le critique d’art Sawaragi Noi, mais aussi par le livre de l’historien Nobuo Tsuji, Lineage of Eccentrics, publié en 1970, il rejette tout l’art contemporain japonais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que l’histoire linéaire imposée par le vainqueur, mais aussi les concepts importés de beaux-art, bijutsu, et d’art moderne, kindai bijutsu, forgés durant la période de modernisation de l’ère Meïji à la fin 19e siècle. Surfant sur la vague du « Cool Japan » promue par le gouvernement japonais durant toute la première décennie des années 2000, Murakami s’appuie sur l’univers otaku des manga et des anime, qu’il considère comme l’art visuel japonais le plus authentique, et sur la mode kawaii, pour contourner tout le 20e siecle et trouver dans la période Edo des origines artistiques propre au Japon. Mais ce retour en arrière n’est pas une fin en soi. Il est un moyen pour sortir de cette période d’après-guerre et se projeter dans un futur qui ne serait plus sous le signe de la défaite et de l’occidentalisation. Comme le résume très bien Kristen Sharp dans sa thèse doctorale sur Murakami, « Edo becomes the repository of nostalgic yearnings for premodern, ‘traditional’ Japan (see Ivy 1995) or, alternatively, postmodern expressions in Japan are considered to be a revival of Edo Japan« . Ce faisant, et à la lumière du travail de Katô Shûichi, Murakami élargit le maintenant de la société japonaise, jusqu’à la période Meïji, pour le circonscrire et mieux s’en extraire. Poursuivant sur sa lancée, il commence à faire directement référence à l’art bouddhiste avec son œuvre Oval Buddha présentée au Musée d’art contemporain de Los Angeles en 2007, il peint ses « 500 Arhats« , monumentals et plats, après la catastrophe de 2011 et, en 2017, en collaboration avec le professeur Nobuo Tsuji, il lance l’exposition « Takashi Murakami : Lineage of Eccentrics » au Musée des beaux-arts de Boston, dévoilant, aux côtés de 13 de ses travaux, 50 œuvres d’art japonaises datant du 10e au 19e siècle, soit de l’ère Heian à l’ère Edo. En se projetant ainsi dans la période Heian, Murakami change d’échelle. Toujours à la recherche d’origines artistiques exclusivement japonaises, il n’est plus sur le maintenant élastique de Katô Shûichi, mais sur le temps historique et linéaire.

日本の画家であり造形作家である村上隆は、前述した異なる複数の時間の概念を扱っている。彼は、90年代の終わり頃から西洋のエリート層にもてはやされてきたが、それに比して日本での認知度ははるかに低かった。複数の解釈ができる宣言である、2000年発行のスーパーフラットの中で、村上は日本のビジュアルアートの歴史的二次元性を主張し、それによりビジュアルアートから時間的意味合いを取り払った。村上は、美術評論家である椹木野衣の影響のみならず、美術史学者である辻惟雄の著書・奇想の系譜からの影響により、第二次世界大戦後の日本の全ての現代美術と、戦勝国に押し付けられた直線的時間、さらには19世紀末の明治時代の文明開化期に作り上げられた美術近代美術という外来の概念を拒否した。村上は、2000年に入って最初の10年間に日本政府が促進した「クールジャパン」の波に乗り、最も真正のビジュアルアートとみなしている漫画やアニメなどのオタクの世界と、カワイイの流行に支えられて、20世紀を丸ごと回避して江戸時代に日本固有の芸術の起源を見出した。しかしこの過去への回帰は、最終目的ではなかった。それは、戦後という時代から抜け出し、もう敗戦と西洋化という空気を纏うことのない未来に自身を投影するための手段だった。クリステン・シャープが村上について書いた博士論文で見事にまとめたように、「江戸時代が前近代の『伝統的』日本(Ivy 1995参照)への懐古的な憧憬の宝庫となったか、もしくは日本におけるポストモダンの表現が江戸時代の日本の再来とみなされるかのどちらかだ」。それによって、また、加藤周一の著作を手がかりとして、村上は日本社会の今というものを明治時代にまで拡げて、明確に定めることで、そこからうまく抜け出したのだ。その勢いに乗って村上は、2007年にロサンゼルス現代美術館で展示した大仏オーヴァルという作品で、仏教美術に直接言及し始め、2011年の大災害の後には壮大な平面作品「五百羅漢図」を描き、また2017年には美術史家の辻惟雄の協力を得て「村上隆:奇想の系譜」展を開催して、平安時代から江戸時代にあたる、10世紀から19世紀にかけての日本の美術作品50点を13点の自作と並べて展示した。こうして自身を平安時代に投影することで、村上は梯子を掛け替えた。依然として日本固有の芸術の起源を模索しながらも、村上はもはや加藤周一が言う弾力のある今の上にはなく、歴史的で直線的な時間の上にいるのだ。

Dans les decombres 4-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 4/9
D’après la série « Shakyō rōjin nikki »
de Nobuyoshi Araki, 2011
津波の爪痕群 4/9

            Précédée de la période Asuka, laquelle est marquée par l’introduction du bouddhisme chinois au milieu du 6e siècle et son essor sous le règne de l’impératrice Suiko au tournant du 7e siècle, et de la période Nara, au 8e siècle, qui voit l’influence du bouddhisme s’étendre à tous les domaines, la période Heian, des années 790 à 1185, est une période charnière à plus d’un titre. Non seulement est-ce une période durant laquelle les arts japonais s’émancipent de la Chine pour s’épanouir et développer leur propre identité, avec en 894 une rupture des relations officielles entre les deux pays, mais c’est aussi l’époque durant laquelle la pensée bouddhiste de la Loi finale se répand, avec une date, 1052. Comme nous le rappelle Katô Shûichi, la pensée de la Loi finale part de la mort de Bouddha et segmente le temps historique qui suit en trois périodes. La première, de 1000 ans, celle de l’enseignement de la loi correcte de Bouddha, la seconde, de 1000 ans elle aussi, celle de l’enseignement de la loi formelle et enfin la troisième, celle de la Loi finale, Mappô en japonais, où la loi bouddhique tombe dans la décadence pour une durée de 10 000 ans. L’opinion alors le plus répandu au Japon était que Bouddha était mort en -949, ce qui, après les deux premières périodes de mille ans, donnait 1052 comme la première année du Mappô. Katô Shûichi écrit dans sa description de cette vision du temps bouddhiste que « bien entendu, ni le monde ni le temps n’ont débuté avec Bouddha. Le passé avant Bouddha, toutefois, n’est pas important pour l’histoire considérée d’un point de vue spécifiquement bouddhique. […] Par ailleurs, les 10 000 ans de la période de la Loi finale approcheraient presque de l’éternité pour une histoire des sociétés humaines. Le temps historique ayant un début, mais n’ayant pas de fin s’apparente à la pensée de la Loi finale« . En bas de page, il ajoute que la réponse idéologique à cette période de décadence fut le développement de la doctrine de la Terre pure à partir de la fin de la période Heian. Ce qu’il omet de préciser, c’est que cette école de la Terre pure est aujourd’hui l’un des principaux courants du bouddhisme japonais.

6世紀半ばの中国仏教の伝来と、7世紀にかけての推古天皇の治世下での発展とに特徴づけられる飛鳥時代、そして仏教の影響があらゆる分野に及んだ8世紀の奈良時代に続き、790年から1185年まで続いた平安時代は、さまざまな意味合いで転換期であった。894年に日本と中国の公的関係が断絶すると共に、日本の芸術が中国から自由になって開花し独自性を発展させていった時代だっただけでなく、仏教の末法思想が1052年という年とともに広まった時期でもあった。加藤周一が述べているように、末法思想はシャカの死から発し、それに続く歴史的時間を三つの時代に分割するものである。第一期は、シャカの正しい教えである正法が伝わる千年間。第二期は同じく千年間で、形だけの像法が伝わる時代。そして最後の第三期が、万年にわたって仏法が衰退していく末法の時代である。当時の日本では、シャカの没年は紀元前949年だったとする説が最も一般的で、すなわち最初の二期が経過した1052年が末法元年にあたるとされていた。加藤周一は、この仏教的時間観についての説明で「もちろんシャカとともに世界が始まったのではなく、時間が始まったのでもない。しかし強く仏教的な立場からみた歴史にとって、シャカ以前の過去は重要ではない。(中略)他方、末法の時代が一万年ということは、人間社会の歴史としてはほとんど無限というのに近いだろう。末法思想が含意するのは、始めがあって終りがない歴史的時間である」。章末の注釈で加藤は、末法の時代への思想的対応は、平安末期からの浄土教の興隆であると追記している。彼は明示しなかったが、今日では浄土教の宗派は日本の仏教の主流の一つとなっている。

Dans les decombres 5-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 5/9
D’après l’œuvre For Lots of Lost Windows
de Akiko Utsumi, 2006
津波の爪痕群 5/9

            Ainsi, il y aurait un début du temps bouddhiste, avec la mort de Bouddha, point de départ de la pensée de la Loi finale et de l’école de la Terre pure, et, d’une certaine manière, un début, ou une renaissance, du temps artistique japonais, avec l’émancipation de la période Heian, celle dans laquelle Murakami se projette. Mais il n’y aurait pas de début du temps mythique selon Katô Shûichi, pas plus qu’il n’y aurait de fin des temps. Faisant directement référence à la toute première phrase du plus ancien texte japonais existant encore, le Kojiki, « Lorsque s’ouvrirent pour la première fois Ciel et Terre« , et en insistant sur cet « partition initiale« , il affirme que « il n’y a pas de début au temps des « chroniques des choses anciennes ». » Et d’ajouter dans la foulée, « La dernière personne citée des généalogies de la cour est l’impératrice Suiko (début VIIe siècle), mais cela ne signifie pas la fin de la cour. Absolument rien ne suggère quelque fin des temps, autrement dit une eschatologie. Le temps historique dont eut conscience la culture japonaise ancienne est la droite temporelle qui n’a ni début, ni fin. » Ailleurs, considérant le premier des trois volumes composant le Kojiki, il écrit « On ne peut considérer le début de la « chronique de l’âge des dieux » comme un mythe de la création du ciel et de la terre, et on n’y trouvera pas non plus le point de départ du temps« . Il faut faire remarquer ici que si les versions françaises ou anglaises du Kojiki, mais aussi le japonisant Philippe Pelletier, traduisent la première phrase des « Chroniques des choses anciennes » par le « commencement du ciel et de la terre » plutôt que par une ouverture entre Ciel et Terre, c’est qu’il faut trouver cette idée de séparation, comme le précise lui-même Katô Shûichi, non pas dans la première phrase du premier volume du Kojiki, mais dans la préface des trois volumes écrite par le même auteur, Ô no Yasumaro. Tout en louant « un essai de grande culture« , le géographe et philosophe français Augustin Berque, spécialiste du Japon, juge le travail de Katô Shûichi « mal ficelé » et « pas assez pensé« . Il ajoute, « Aucun concept n’y est creusé, notamment pas ce ma ou cet aida qui sont pourtant paradigmatiques de l’espace-temps nippon« . Et cependant, au fil des pages, Katô Shûichi nous donne les clefs d’une lecture différente de son travail.

このように、シャカの死とともに仏教的時間の始まりがあり、それは末法思想と浄土思想の出発点であった。そしてある意味では、平安時代における解放とともに日本の芸術的時間の始まり、或いは再生があり、そこに村上は自己投影したのである。しかし、加藤周一によれば、神話時間には始まりがなく、また終わりもない。加藤は日本に現存する最古の記述である古事記の最初の一句「天地初めて発けし時」をそのまま引用し、この「乾坤初分」について詳述しながら「『古事記』の時間には始めがない」と主張する。また、続けて「王朝の系譜の最後は推古天皇(7世紀末)であるが、それが王朝の終りを意味しないことはいうまでもない。いわんや時間の終り、すなわち終末論を示唆するものは全くない。古代の日本文化が意識した歴史的時間は、始めなく終りない時間直線である」と付け加えている。別の箇所では、古事記を構成する三巻の上巻を考察して「『神代記』の冒頭を天地創造の神話とみなすことはできず、そこに時間の出発点を見出すこともできないであろう」と述べている。ここで指摘しなければならないのは、もし古事記のフランス語版や英語版のみならず、日本研究者のフィリップ・ペルティエも、「神代記」の最初の一句を、天と地が開くこと、と訳さず「天と地の始まり」と訳しているなら、加藤周一自身が明確にしているように、この分離という概念を古事記の第一巻の最初の一句の中でなく、同じ太安万侶が著した三巻の序文の中に見つけねばならない。フランスの地理学者であり哲学者でもある日本研究者オーギュスタン・ベルクは、加藤周一の著作を「教養豊かな随筆」と称賛しながらも、「詰めが甘く」、「考察が充分でない」と断じている。さらに、「どの概念も掘り下げられておらず、特に間(ま)と間(あいだ)にいたっては、日本の時空間についてのパラダイムであるにも関わらず掘り下げが足りない」と付け加えている。しかしながら、加藤周一は著作の中で、自作の異なる解釈への糸口をいくつも与えてくれているのだ。

Dans les decombres 6-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 6/9
D’après l’œuvre Yellow Pumpkin de Yayoi Kusama, 1994
津波の爪痕群 6/9

            Appliqué aussi bien aux arts qu’à la vie quotidienne, ce ma, cet aida, aussi prononcé kan ou ken, est un concept japonais dans lequel les notions de temps et d’espace sont unies et pensées ensemble. Le plus souvent décrit comme un intervalle dans l’espace ou dans le temps, comme un entre-deux, il est avant tout une dynamique, un mouvement. Le ma est une articulation qui, pour reprendre les mots d’Augustin Berque, « sépare tout en reliant« . Construit sur l’idée d’une distance, le concept de ma évoque l’expression d’une conscience. À la fin du 19e siècle, confrontés à la distinction que font les occidentaux entre les concepts de temps et d’espace, les Japonais vont inventer leur propres termes précisément à partir de ce ma. Le temps deviendra jikan, composé du caractère chinois temps, au sens de chronos et de l’écoulement, et du caractère ma. Pareillement, l’espace deviendra kûkan, composé du caractère chinois vide et du caractère ma. Si le ciel et l’observation du mouvement apparent de ses astres sont à l’origine de la perception du temps, et de son organisation, dans de nombreuses civilisations, y compris dans la civilisation japonaise, et si la terre, par définition, est associée à la notion d’espace, alors, immanquablement, il y a dans la toute première phrase du Kojiki une notion de temps exprimée. Comment ne pas y voir le début d’une conscience ou un début du temps mythique japonais ? Et que dire de la proximité de cette ouverture entre Ciel et Terre avec l’intervalle que représente le ma ? Que l’arrivée au Japon du caractère chinois ma, comme mesure de longueur traditionnelle des constructions en bois à la fin de la période Asuka, selon l’architecte Manuel Tardits, précède l’écriture du Kojiki en 712, que l’ancien calendrier japonais, essentiellement lunaire, fut lui aussi introduit au 6e ou 7e siècle, et, qu’avant de représenter un soleil, le ma représentait une lune entre deux battants de porte.

芸術においても日常生活においても同様によく使われる「間(ま)」と「間(あいだ)」-「かん」あるいは「けん」とも読む-は、時間と空間がひとつに結びついて考察される、日本的な概念である。時間や空間における隔たりとして、2つのものに挟まれた部分として描写されることが最も多いが、間とは何をおいてもまず、動力であり動きである。間(ま)とは、オーギュスタン・ベルクの言葉を借りれば、「全てを切り離すと同時に結びつける」ひとつの連関である。距離の考え方からできた間(ま)の概念は、ひとつの意識の表現を喚起する。19世紀末に、時間と空間を区別する西洋の考え方に直面した日本人は、まさにこの間(ま)から、自分たち固有の用語を生み出したのだ。と経過を表す漢字に間(ま)という字の組み合わせで時間という言葉ができ、同様に、何もないことを示すという漢字と間(ま)が合わさって空間という言葉ができた。日本を含めた複数の文明において、天と、目に見える星の動きの観察とが、時間の認識とその構造化の源にあるとしたら、そして地が本質的に空間の概念と結びついているとしたら、古事記の最初の文章には必然的に時間の概念が表現されているはずである。そこに意識の始まりや日本の神話時間の始まりを見ずにいられようか?そして、間(ま)が表す間隔と、天と地の間の開きとの類似はどうだろうか?建築家のマニュエル・タルディによれば、飛鳥時代末に木造建築の長さの伝統的単位として間という漢字が伝えられたというが、それが712年の古事記誕生に先立っていたということはどういうことだろう?日本の旧暦は本来太陰暦だが、その導入もまた6世紀か7世紀だったということは?そして、間(ま)という字が、門構えの間に「日」と書く前は「月」と書いていた、ということをどう考えるのか?

Dans les decombres 7-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 7/9
D’après l’œuvre Force de Kohei Nawa, 2015
津波の爪痕群 7/9

            Le 11 mars 2011, sur la côte est du Tohoku, la mer avait voulu combler l’espace entre le ciel et la terre, mais elle avait buté contre le temps. Antithèse du néant, la première phrase du Kojiki s’apparentait à une mise en mythe du ma et à une image du commencement du monde. Non seulement y retrouvait-on la naissance d’un sujet collectif japonais, mais aussi l’affirmation de la spécificité de ce sujet collectif par l’existence même de ce commencement unique. Dans une longue note en bas de page, Katô Shûichi cite un texte du 14e siècle de l’historien japonais Kitabatake Chikafusa qui fait remarquer que les trois pays bouddhistes que sont l’Inde, la Chine et le Japon (même si le bouddhisme indien n’existe plus depuis le 13e siècle), alors qu’ils devraient avoir un même commencement du monde car ils considèrent le même espace et le même temps, ont pourtant des commencements qui varient complètement. Plus loin, dans la deuxième partie de son livre, lorsqu’il traite de l’espace au Japon, Katô Shûichi insiste sur l’importance de la construction par ajout, à l’inverse de la méthode sur plan qui prévaut en Europe. Il écrit, « Cette construction peut en principe se poursuivre indéfiniment. Si cet expédient permet un certain développement dans le temps, il ne permet pas d’anticiper dès le début la forme globale du bâtiment se composant de plusieurs pièces fabriquées de la sorte« . Ce qui vaut pour l’espace au Japon vaut pour le temps. Doté d’un début, mais pas de fin, égrainé d’ici et maintenant, le temps japonais est un temps par ajout, qui, s’il ne sait pas où il va, est nécessairement orienté par ce qui le précède. C’est l’enfant sans conscience du temps, et qui pourtant né dans un temps spécifique, cet avenir en puissance qui existe ici et maintenant, dont parle le philosophe Osamu Nishitani dans un entretien avec Yūji Nishiyama centré sur l’apres-Fukushima et publié dans la revue Rue Descartes en 2016. Ce même enfant dont se réclame Takashi Murakami dans un article du journal canadien The Globe and Mail publié le 1er février 2018 à l’occasion de sa dernière rétrospective internationale à la Galerie d’art de Vancouver, « The octopus eats its own leg« .

2011年3月11日、東北の東海岸で、海が天と地の間の空間を満たそうとしたが、時間にぶち当たった。無の対極として、古事記の最初の文は間(ま)の神話化や世界の始まりのイメージに繋がっていた。我々は、そこに日本的な集合的主体の誕生を見出しただけでなく、この比類ない起源の存在そのものによって、この集合的主体の特殊性が明示されたのを目のあたりにしたのである。加藤周一は、著書の長い注釈の中で、14世紀の日本の歴史家である北畠親房の文章を引用している。北畠は、仏教国であるインド・中国・日本の三国(13世紀以降のインドには、仏教はもはや存在しないが)は、時間と空間についての同じ認識があったわけで、天地開闢の初はいずれの国も同じであったはずであるのに、三国の説はそれぞれ全く異なる、ということを指摘している。また、加藤周一は、著作の第二部で日本の空間について論じる中で、ヨーロッパで支配的だった計画的建築の逆をいく、建て増し思想の重要性について詳述している。彼は、「建て増しは原則としていつまでも続けることができる。それには時とともに変る必要に対応できる利点があると同時に、かくして出来上った数室からなる建物の全体の形を初めから予想はできない欠点がある」と述べている。日本では、空間にとって意義があることが時間にとって意義があるのだ。初めが与えられているが終りは与えられておらず、今ここで動き出す、という日本の時間は、建て増しの時間なのだ。それは、どこへ向かうのかはわからなくとも、必然的にそれに先立つものによって方向づけられているのである。哲学者の西谷修が、福島以降を中心テーマに西谷雄二と行い2016年にリュー・デカルト誌に掲載された対談の中で語った、今ここに存在するこの未来とは、時間の意識を持たない子供であり、それでいてある特定の時間に生まれた子供なのである。まさにこの子供こそ、バンクーバー美術館での最新の国際回顧展「タコが己の足を食う」に際して2018年2月1日に発行された、カナダのグローブ・アンド・メイル誌の記事の中で、村上隆が標榜しているものなのだ。

Dans les decombres 8-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 8/9
D’après l’œuvre 1000 Legs, Cultivating Fruits,
de Kobayashi Fumiko, 2013
津波の爪痕群 8/9

            En décembre 2009, à l’occasion d’une table ronde internationale à la Maison de la culture du Japon à Paris consacrée au temps et à l’espace dans la pensée du regretté Katô Shûichi, décédé tout juste un an plus tôt, l’anthropologue américaine Emiko Ohnuki-Tierney nous expliquait que « après la guerre, le temps, sur ordre de l’armée d’occupation américaine, a été changé en un continuum progressant de façon linéaire, Antiquité, Moyen-âge, époque moderne, époque contemporaine. Mais ce découpage ne correspond pas à la vision traditionnelle de l’histoire des Japonais« . Le philosophe Osamu Nishitami, pour sa part, nous racontait dans ce même entretien de 2016, que « il n’y a que cent cinquante ans que la vision occidentale du temps a été introduite au Japon, à l’époque Meiji. Il existerait donc au fond de la société japonaise une vision du temps toute différente de celle de l’Occident. Comment peut-on la retrouver ? » Contraint à une fin des temps historiques, Katô Shûichi s’était tourné vers le passé, comme pour y trouver une ouverture, et n’y avait pas trouvé de début du temps. Ce faisant, il renonçait à des origines qui étaient propres au Japon, et, privés ainsi de rebond, l’évènement Fukushima, mais aussi toute la période d’après-guerre, se voyaient enfermés dans un éternel maintenant.

2009年12月、そのちょうど1年前に亡くなった、故加藤周一の思想における時間と空間に捧げる国際円卓会議がパリの日本文化会館で行われたが、その席で、アメリカの人類学者である大貫恵美子ティエルネーが、「戦後、米国進駐軍の命令で、時間が古代、中世、近代、現代という直線的に進展する連続体に変更されたのです。しかしこの切断は、日本人の伝統的歴史観とは合いませんでした」と説いた。哲学者の西谷修は、先述した2016年の対談の中で、「西洋的時間観が日本に伝わったのは明治時代、たった150年前のことです。ですから日本社会の根底には、西洋とは全く異なる時間観があったのです。どうしたらそれを再び見出せるのでしょうか?」と語っている。歴史の時間の終りを余儀なくされた加藤周一は、開闢を見つけようとするかのように過去に向き直ったが、そこに時間の始まりを見つけることはなかった。このようにして彼は、日本固有のものだった起源をあきらめた。そして、回復をこうして奪われたことで、福島の出来事と、同じく戦後の全時代とは、永遠の今に閉じ込められたのである。

Dans les decombres 9-9Série « Dans les décombres du tsunami« , planche 9/9
La cheminée renversée
津波の爪痕群 9/9

 

Texte de Gwendal DIABAT
Dessins réalisés par Philippe SCHMIDT
  sur une idée de Gwendal DIABAT

Traduction en japonais de Eko OGAWA
本文グウェンダルディアバ
 
画フィリップ シュミット
  着想グウェンダルディアバ

日本語訳小川恵子

 

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