Tourisme au Japon: une réouverture aux touristes étrangers à la « nord-coréenne » à partir du 10 juin


Source: le Figaro

ANALYSE – Les touristes étrangers pourront entrer au Japon le 10 juin. Mais en groupe et surveillés. Et s’il y a des billets. Chers.

« Le Japon commencera à accepter les touristes le 10 juin ». C’était le titre de l’article du média Nikkei jeudi 26 mai, reprenant les déclarations du premier Ministre Fumio Kishida à son sommet annuel Future of Asia. Un « scoop » techniquement exact mais trompeur. Le Japon rouvre bien ses portes aux touristes, mais à deux détails près : il ne fait que les entrouvrir (lire encadré); et bien peu de touristes répondent aux conditions d’entrées. Aussi enthousiaste que le lapin dans la lumière des phares face à la déferlante touristique qui s’annonce, l’administration entend « se hâter lentement » et ouvrir par entrebâillements successifs.

Torii Itsukushima

Explications. Le Japon est, hormis l’immense exception chinoise et la Corée du Nord, le seul pays d’Asie-Pacifique à maintenir ses frontières fermées aux touristes sans date d’ouverture arrêtée. Si les visas d’affaires et d’étudiants sont désormais délivrés, et de plus en plus facilement, les responsables politiques nationaux et locaux les distinguent de ceux des touristes étrangers, dont le voyage est considéré comme « non essentiel » et en qui ils voient un risque de contamination.

«Groupes sous escorte»

Pourquoi ? Les responsables sanitaires notent que ces derniers portent beaucoup moins le masque que les Japonais, alors qu’ils jugent que ce bout de tissu a servi de mur au virus qui a causé très peu de victimes dans la population. D’où la lenteur d’escargot de la réouverture, aux accents nord-coréens : «Nous recommencerons à accepter les touristes par groupe sous escorte», a déclaré jeudi Fumio Kishida devant l’auditoire du Nikkei.

Des conditions toujours draconiennes

À partir du 10 juin, le Japon rouvrira une partie de son territoire aux touristes de 98 pays où la situation liée au Covid est relativement stable, dont la France, mais les voyageurs ne pourront entrer qu’en groupe. Des tests ont lieu ce mois de mai avec des voyages organisés en petits groupes venant des États-Unis, d’Australie, de Thaïlande et de Singapour. Le Japon va également porter à sept le nombre d’aéroports acceptant des vols internationaux en ajoutant Naha à Okinawa (sud) et Shin-Chitose à Hokkaido (nord).

Takeshi Yamaguchi, économiste de Morgan Stanley, rappelle dans une étude parue ce vendredi à quel point les touristes comptent pour peu dans l’économie nippone : «En 2019, le Japon a accueilli 31,88 millions de visiteurs étrangers, soit une moyenne de 87 346 entrées par jour. En avril de cette année, ils n’étaient que 4 650 visiteurs par jour. Même si le nombre maximum quotidien journalier maximal atteignait environ 20.000, il resterait bien en dessous des niveaux d’avant Covid. En 2019, les achats directs par les ménages non-résidents représentaient 0,81 % du PIB. En 2021, le total est tombé à… 0,09 %».

Pas de sièges d’avion

La «réouverture» le 10 juin? Certes, « mais avec un plafond de 20.000 entrées qui inclut aussi des Japonais, et une sous-capacité de transport chronique par rapport à l’avant covid. Il n’y a tout simplement pas de places d’avion pour les demandeurs », explique le cadre d’un transporteur étranger. Exemple : en 2019, avant le covid-19, il y avait 45 vols Paris-Tokyo par semaine ; il y en a aujourd’hui… 8. « Réouverture »? Certes, mais envers qui? Le Japon a perdu l’essentiel de sa clientèle touristique : les Chinois, qui représentaient (avec Hong Kong) 37,3% des arrivées et sortent toujours de leur territoire avec les pires difficultés.

«Réouverture» ? Certes encore, mais uniquement pour des groupes dûment cornaqués par des agences agréées, sans doute au prix fort, et alors que la clientèle touristique occidentale, elle disponible et dépensière, voyage en général de manière individuelle. « C’est rageant parce que c’est précisément maintenant, alors que les touristes chinois ne viennent pas, que le Japon pourrait attirer les riches touristes occidentaux, qui voyagent de manière indépendante », fulmine le directeur d’une agence de voyages européenne.

Ce n’est pas le premier faux départ lancé par le Japon. Le pays accueille depuis quelques jours de petits groupes de touristes tests suivis dès la descente d’avion et auscultés par les caméras du pays comme des délégations d’extraterrestres. Seules 15 préfectures sur 47, selon nos informations, les ont acceptées sur leur territoire. Encore ceux-ci ne sont-ils même pas d’authentiques touristes, mais des voyagistes qui seront ultérieurement chargés de «gérer» leurs clients rêvant de venir au Japon. Après «Endless Discovery», le slogan du Japon sera-t-il : «Endless surveillance» (surveillance sans fin) ? Heureusement non. Entre septembre et décembre prochains, selon les plans de l’Agence du Tourisme, les touristes devraient enfin pouvoir jouir sans entraves de ce pays merveilleux. « Ça doit être une stratégie… Ils créent le manque pour susciter le désir…», plaisante un homme d’affaires expatrié de longue date au Japon. À moitié.

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